Radicalisation, peur et individualisme - les dangers de l'actualité -
- AtelierstecyT

- 10 déc. 2020
- 4 min de lecture
Nous traversons une époque critique, qui sera lourde de conséquences. Beaucoup d'internautes, légitimes ou non, se sont déjà exprimés sur le sujet: le COVID, le confinement, les soignants, le gouvernement etc. La plupart du temps en y mettant leur petit grain de sel, grain de sel d'une légitimité tout autant discutable.
Mon but n'étant en aucun cas de prêcher un parti politique ou une idéologie, ni même de perdre la neutralité souhaitée sur ce blog. En revanche, il me parait opportun et important de faire un point sur les mouvements de masses consécutifs à l'actualité, ainsi qu'un petit rappel historique et théorique (qui sera, je l'espère, un vaccin plus rapide et plus efficace que celui attendu en juillet :p).
Le monde est sujet depuis quelques décennies à des tensions plus que palpables et de plus en plus vives: diminution du pouvoir d'achat, clivage entre les différentes classes sociales, chômage, conflits religieux, actes de terrorisme, atteintes à la liberté d'expression, scandales politico-moraux... Et la liste des exemples pourrait être bien plus longue.
Cela génère de la peur, identifiée par Kurt Riezler (The Social Psychology of Fear, 1944) comme peur de l'inconnu. En effet, une perte des repères (habituellement rassurants) et l'adaptation vers une nouvelle ère sociale génère un état anxiogène important ainsi qu'un deuil. Deuil du "avant" qui ne sera plus, sans pour autant savoir ce que le "après" sera. C'est donc un état émotionnel signalant la rupture entre un système de représentations et l'état du monde.
LeDoux (1996) distingue les paniques ou les terreurs incontrôlables, qui seraient de caractère psychopathologique, et les peurs courantes qui, raisonnées, agissent comme un mécanisme d’alerte et de vigilance face au danger et permettent de réagir à des situations nouvelles. Réaction reptilienne donc primitive nous permettant de préserver notre intégrité psychique et physique.
Qui, enfant, n'a jamais joué à se faire peur? En l'espace de dixièmes de secondes, le coeur se mets à battre vite, la respiration s'accélère (c'est le corps qui, sous l'effet de l'adrénaline et du cortisol, se prépare à courir pour sauver sa peau), s'ensuit bien souvent un sentiment de colère voir de violence, et enfin de l'apaisement du retour à la normale si et seulement si l'on se rend compte qu'il n'existe aucun danger (ocytocine).
Aujourd'hui, la crise sanitaire, la rupture sociale (plus communément appelée distanciation sociale et clivage inter classes), la crise économique éclatant, la recrudescence des actes terroristes à revendication religieuse et les incitations à la haine envers des éthnies ciblées m'inquiète et me donne comme un goût de déjà vu (surtout déjà lu pour être plus juste).
Les médias (dont on ne sait plus déterminer si la motivation est purement libertaire/politique ou économique), relatent l'état du monde social, politique et économique et participent grandement à la formation et formulation de peurs sociales par le biais d'interprétations, d'angles de vue et d'une rhétorique bien spécifique. Ils sont à la fois le thermomètre et le radiateur de la population.
N'ayant que peu, voir pas, d'autres accès à l'actualité que ces médias, il devient très aisé de générer un mouvement de masse porté par la peur. Mais cela n'est pas sans conséquence.
Qu'est ce que la radicalisation? C'est l'extrêmisation d'une idéologie ou d'actes visant un système politique, religieux ou encore économique par exemple. Parce que bien souvent une population épuisée, apeurée, s'individualise et par la même occasion se radicalise. Comme un instinct de survit idéologique conséquent à différents événements considérés comme facteurs déclencheurs. Et ce pour différentes raisons: la perte d'espoir, l'insatisfaction du groupe en son/ses leader(s), pour la préservation de ses acquis, par sentiment d'injustice, pour préserver son économie, pour imposer son idéologie et ses convictions personnelles, pour l'émergence d'un sous groupe...
A quoi pense t'on alors? A la grande dépression consécutive à la crise économique de 1929. La forte augmentation du taux de chômage, la faillite de centaines d'entreprises, une situation économique désastreuse, les médias de l'époque agrémentant le mouvement de panique des populations... Nous conduisant à un instinct conservateur et le choix d'une politique dictatoriale se servant de la peur générale pour régner: faire accepter des idées inacceptables auparavant (car liberticides) en touchant la corde sensible: le retour à une économie et un rythme de vie plus fastueux, en trouvant un fautif aux maux des populations, mais aussi en évitant les mouvements de foule. Finalement, une peur a été solutionnée par une autre peur.
Malheureusement, la situation sanitaire (et politique) actuelle présage un schéma économico-social très similaire. La peur a gagné les masses, et outre la peur de l'inconnu, s'y ajoute de surcroit la peur la plus ancestrale: l'angoisse de mort. Nous sommes de plus en plus loin les uns des autres, nos libertés sont très largement atteintes, les entreprises ferment une à une dans une totale impuissance, le taux de chômage augmente de manière exponentielle, l'espoir est au plus bas et la colère/le mécontentement règne. Le besoin de sécurité n'est plus assuré par le/les leader(s). Le tout sur un plan mondial et non isolé. On ajoute à cela une touche de désespoir politique qui, élection après élection, ni par la gauche ni par la droite, semble solvable.
Autant de points créant la division.
Mais l'histoire est leçon. La peur est concevable et humaine, elle reste néanmoins une réaction primitive, donc les décisions dictées par la peur doivent elle être prise en compte? J'entends si nous affirmons notre civilité et donc notre capacité à raisonner (qui nous diffère de l'animal et fait le propre de l'Humain), pourquoi croire en une pensée primitive comme étant raisonnable? N'oublions pas que cette émotion a pour fonction d'alerte, de nous inciter et de nous préparer à la vigilance, en aucun cas
Que la radicalisation n'est qu'une réponse de peur, la recherche des satisfactions individuelles n'a jamais été une solution pour l'ensemble d'un groupe et que par conséquent la radicalisation ne sera jamais qu'une solution individualiste. Que l'instinct de survie, même s'il est idéologique, ne sera jamais possible sur le long terme car il permet une échappatoire et non la pérennité.
Que dans le passé, cette solution a déjà été envisagée et n'a pas porté les fruits escomptés.
En sommes, nos émotions d'aujourd'hui construisent notre vie de demain. Pensons y, pensons aux conséquences car chaque choix apporte sont lot de conséquences qu'elles soient positives ou négatives. Le tout est d'évaluer le bénéfice-risque et sur un long terme, non sur le court terme. Et surtout souvenons nous.



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